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  Lettre de Michel Kipoke et du Professeur Jean-Christophe L. A. Kasende  
     
 

Chers frères et sœurs,

Le choix de la capitale (chef-lieu) de la province du Sankuru sera l'une des clés de son développement harmonieux. L'homme ne vit pas que du pain, dit un proverbe. Tandis que certains Atetela attendent avec enthousiasme le décollage du Sankuru, d'autres Atetela appréhendent cela car il s'agira pour eux de vivre à nouveau en Atetela de seconde zone sur leurs terres. Clairement, les enfants du territoire de Lodja ont des raisons de ne plus vouloir revivre ce qu'ils avaient connu jusqu'à la guerre fratricide des années 60.  

De quoi s'agit-il ?

  • Pour ceux qui connaissent bien le Lodja de cette époque, ils peuvent témoigner que le centre de l'agglomération de Lodja était habité presque à 90 pour cent par les non-originaires de Lodja : aseka Kandolo, Lohohola, Fundji, Kalema, Tongunga, Mbo, Avoki. A Lodja cité, à Diengenga comme à la mission catholique, c'était pareil.
     
  • D'ailleurs, le secteur du centre de Lodja s'appelait secteur Basambala avec Mbo comme chef. De cette façon, on peut dire qu'il n'y avait aucune chance qu'un ressortissant de Lodja devienne un jour chef de secteur au centre de Lodja. C'était de l'apartheid (sans vouloir injurier quiconque).
     
  • Cette situation de séparation n'avait pas été créée par les deux politiciens Albert Welo et André Drabis Diomasumbu. Leur contentieux électoral n'a fait que mettre à jour une séparation qui était dans les faits et dans les têtes. Lors des affrontements Ekonda-Eswe, il y avait eu plus de morts chez ase Ekonda parce qu'ils étaient obligés de venir de l'extérieur de Lodja pour attaquer des quartiers du centre de Lodja exclusivement habités par Ase Eswe. Autre preuve que nous vivions à Lodja en vase clos : en quittant Lodja, j'ai eu la surprise de retrouver à Djalo, Wembo Nyama, Katako, Tshumbe ou Lubefu pratiquement tous mes copains de classe ou de quartier, tous mes enseignants, les infirmiers, les administratifs, les grands commerçants etc. 
     
  • A cette époque donc, on pouvait vivre à Lodja sans beaucoup de contact avec les ressortissants de Lodja qui résidaient en dehors de l'agglomération. Conséquence logique, il y a eu très peu de couples mixtes Ekonda Eswe. Je dirai que les Atetela revenus du Katanga, du Burundi, du Rwanda, de Bukavu ou de Kisangani avaient amenés avec eux plus des femmes originaires de ces endroits que ceux qui avaient quitté Lodja.
     
  • A Lodja, les autres groupes étaient désignés par leurs origines : ase Mondja, Asambala, ase Wedia Lomami, Ase Yenge. En revanche, Ase Ekonda étaient désignés par leur nourriture : ASE EYOKO (les termes Ase Ekonda et Ase Eswe n'apparaitront qu'avec la guerre). Ainsi, si nous voulons reconstruire le Sankuru de nos rêves, nous devons prendre conscience que certaines de nos attitudes ont pu blesser, et parfois continuent à blesser nos frères originaires de Lodja, de Lomela, de Kole ou de Katako-Kombe.
     
  • Nous devons leur donner la garantie qu'ils ne seront plus des citoyens de seconde zone dans l'espace du Sankuru. Lorsqu'il y a parfois de leur part (surtout à Lodja et à Kole) des paroles ou des actes d'exclusion, c'est parce qu'ils refusent de subir à nouveau une marginalisation qui pointe à l'horizon.
     
  • Malheureusement, les ressortissants de Lodja ne sont pas les seuls dans cette situation. Ase Kodi ou Ahamba wa Katako (appelés parfois Ase Oyoko wa Kidi) sont dans une situation encore pire. Celui qui en doute n'a qu'à faire une carte de l'agglomération de Dikona (cité de Katako-Kombe et ses environs). Il s'apercevra que comme à Lodja, Aseka Kasongo, Katako, Mundala, Kitambala, Mauka, Ngomba, Lutundula, Omana, Mudimbi sont plus visibles que Ase Ahamba wa Katako.

Chers frères et soeurs,

Si nous parlons très souvent de fraternité et de solidarité, nous devrions apprendre à mieux partager les responsabilités pour ne pas perpétuer des situations d'exclusion. C'est en niant la réalité de l'exclusion subie par certains de nos frères que nous créons les conditions de la division.

Quand nous disons que le conflit Ekonda Eswe est un faux conflit, qu'il n'existe pas, qu'il n'est pas grave, que c'est une affaire des politiciens, nous donnons l'impression que ceux qui sont morts ne comptent pas, que ceux qui avaient tout perdu ne méritent pas notre attention. Nous ne pourrons pas guérir de ce mal si nous n'en assumons pas les causes et les responsabilités.

Michel Kipoke

(Paris, France).

 
     
  Lettre du Professeur Jean-Christophe L. A. Kasende  
     
 

Fabriquons notre miel avec toutes nos amertumes : mise au point sur L’intervention de Michel Kipoke à propos du chef-lieu de la province du Sankuru.
(
Par Jean-Christophe L. A. Kasende)

  

Préambule

Chères Sankuroises et chers Sankurois,      

« En tant que descendants d’un ancêtre commun, nous devons savoir que ce qui nous unit est de loin plus important que ce qui nous divise ».  C’est pourquoi notre devise de circonstance serait : « fabriquons notre miel avec toutes nos amertumes. »

L’intervention de Michel Kipoke dans le débat sur le choix du chef-lieu de la province du Sankuru, quoique diversement appréciée (le consensus absolu en démocratie étant inimaginable), devrait toutefois être considérée à quelques égards comme un geste posé dans le souci d’apaisement et de concorde entre tous les « Ana wa Mongo », de la lignée d’Enyamba la Wadi. Il nous arrive à nous tous, à un moment donné de notre exercice de la parole de croire bien dire une chose et d’en faire comprendre une autre. Dans le domaine de la communication interpersonnelle, à l’écrit comme à l’oral, l’impossibilité de tout expliciter ou le souci de mieux se faire comprendre peuvent parfois trahir le fond de notre pensée. Dans cette mise au point, je parlerai d’abord de l’apport positif de l’intervention controversé de notre frère Michel Kipoke, et ensuite des corrections que l’on pourrait y apporter, afin de dissiper le déséquilibre créé par des affirmations inopportunes et des omissions regrettables.

1.  l’apport positif et symbolique de l’intervention de Michel Kipoke

La beauté du geste posé par Michel Kipoke consiste en ce qu’il est une belle et courageuse plaidoirie préparée par un « Otetela wa ose Eswe  » en faveur de ses frères et sœurs  Atetela « wa ase Ekonda ». En opérant ce choix, à la fois noble et courageux, Michel Kipoke ne pouvait donc plaire à tout le monde. Il est aisé de comprendre qu’une « plaidoirie courageuse » pour les Atetela « wa ase Ekonda » ait été ressentie comme un réquisitoire contre les « Atetela wa ase Eswe ». Y avait-il moyen de défendre l’un des deux camps sans en offusque l’autre? Rien n’est moins sûr. L’approbation timide des uns et le tollé de protestations des autres témoignent de la difficulté de l’exercice qui tient, il faut le dire, du jeu des équilibristes rompus à la pratique des discours doubles à la Patrice-Emery Lumumba. Et même alors, avec le génie d’un Lumumba, le succès et les vivats ne sont pas toujours au rendez-vous… Les erreurs que certains reprochent au message de notre frère Michel Kipoke appellent cette mise au point fondée sur quelques faits  fédérateurs de notre histoire. Il importe  de rétablir certaines omissions en rappelant quelques données historiques précises. Celles-ci permettent de combler le déficit informationnel qui a suscité les huées discrètes ou les indignations affichées d’une partie de l’opinion sankuroise. Le rétablissement de l’équilibre social au Sankuru et la reconstitution du capital de confiance en l’élite sankuroise politiquement neutre sont tributaires d’une analyse historique mettant objectivement à nu la responsabilité de chaque partie dans le conflit fratricide des années 60. C’est en évoquant de façon juste et équilibrée la part de responsabilité de chaque partie au conflit d’hier que l’on peut mettre fin, une bonne fois pour toutes, aux passions et aux agitations contreproductives d’aujourd’hui à Lodja, pour préparer l’avenir de notre province. C’est à cet exercice difficile, mais exaltant, que j’ai décidé de me prêter, dans le seul but de tenter de rassembler les Sankurois autour des idées positives. J’espère par cette initiative contribuer au dénouement d’une crise d’un autre âge qui continue de talonner impitoyablement notre communauté sankuroise.

2. Présentation sommaire de la partie controversée du message de notre frère Michel Kipoke.

Pour replacer les lecteurs dans le contexte des parties controversées du message de Michel Kipoke, il importe de revenir sur les points que l’auteur avait épinglés pour justifier l’appréhension (la peur) de quelques-uns de nos frères originaires de Lodja de voir ce dernier devenir le chef-lieu de la province du Sankuru. Selon Michel Kipoke, le choix éventuel de Lodja  comme chef-lieu de la province du Sankuru est pour nos frères et sœurs originaires de ce territoire une question « de vivre à nouveau en Atetela de seconde zone sur leurs terres » (1). 

Pour justifier cette appréhension Michel Kipoke s’appuie sur le fait  qu’avant la guerre fratricide, les deux groupes d’Atetela vivaient en vase clos et que « cette situation de séparation n'avait pas été créée par les deux politiciens Albert Welo et André Drabis Diomasumbu [dont le] contentieux électoral n'a fait que mettre à jour une séparation qui était dans les faits et dans les têtes » (2).

Comme « conséquence logique, poursuit Michel Kipoke, il y a eu très peu de couples mixtes Ekonda Eswe, [au point que, ajoute-t-il,] les Atetela revenus du Katanga, du Burundi, du Rwanda, de Bukavu ou de Kisangani avaient amenés avec eux plus des femmes originaires de ces endroits que ceux qui avaient quitté Lodja (sic) » (3).

Aussi, poursuit l’auteur, « lors des affrontements Ekonda-Eswe, il y avait eu plus de morts chez ase Ekonda parce qu'ils étaient obligés de venir de l'extérieur de Lodja pour attaquer des quartiers du centre de Lodja exclusivement habités par Ase Eswe » (4).

Ce récit expéditif des faits de notre passé aux causalités très complexes et subtiles, au lieu d’apaiser les passions qui déchirent les deux communautés sœurs, n’a fait que les attiser. Certains estiment que ces affirmations, en style télégraphique, détachées de leur contexte et privées de tout commentaire explicatif ou justificatif, rendent l’intervention de Michel Kipoke quelque peu bancale, malencontreuse et donc dangereuse. En effet, pour résoudre un conflit si profondément enraciné entre nos deux communautés sœurs qui s’accusent  mutuellement, tout médiateur doit établir les responsabilités de chaque partie d’une manière équilibrée, pour éviter de paraître partial et susciter sa propre récusation. Ainsi par exemple, en affirmant  (voir citation 4 ci-dessus) que « lors des affrontements Ekonda-Eswe, il y avait eu plus de morts chez ase Ekonda parce qu'ils étaient obligés de venir de l'extérieur de Lodja pour attaquer des quartiers du centre de Lodja exclusivement habités par Ase Eswe », Michel Kipoke reconnaît tout au moins implicitement une chose, mais se refuse à être équitable dans son verdict : selon son propre récit des faits, il y avait donc dans ce conflit un groupe qui attaquait et celui qui se défendait. Aussi, certains lecteurs, indignés et choqués, se posent-il la question suivante : en vertu de quel principe, du droit naturel ou du droit positif, l’initiative d’attaquer quelqu’un pour le supprimer physiquement est-elle plus excusable de celle de se défendre pour tout simplement refuser de se faire tuer ?

3. Des corrections à apporter au message de Michel Kipoke et des précautions à prendre.

3. 1. Des corrections à apporter

Ce constat très sommaire que fait Michel Kipoke se présente comme le dénouement d’un récit sans causalité. Il s’offre à l’esprit du lecteur naïf comme une évidence absolue qui dispense l’auteur de toute explication supplémentaire. Et pourtant,  pour le besoin d’une discussion constructive et pour l’intérêt du Sankuru, il importe de s’interroger sur la cause de la « situation de séparation » que, du reste, personne n’oserait imputer aux « deux politiciens Papa Albert Welo et Papa André Dabris Diomasumbu ». La cause de la « situation de séparation » des deux communautés sœurs dans le passé est exogène. En effet, historiens et sociologues spécialistes de la société congolaise de l’époque coloniale dénoncent aujourd’hui ce que l’on appelle « l’ethnographie du système colonial ». Ce dernier s’est employé en effet à accentuer de petites différences entre des communautés pour encourager la constitution des groupes identitaires rivaux. Pour pouvoir contrôler les autochtones toujours majoritaires, et potentiellement revendicateurs dans les lieux d’implantation des centres administratifs, le système colonial s’appuyait sur des groupes minoritaires locaux ou venus d’ailleurs. C’est ainsi que durant la colonisation, en milieux urbains ou extracoutumiers, se sont constitués des couples rivaux qui allaient s’affronter au début de l’indépendance : la minorité tutsi et la majorité hutus au Rwanda et au Burundi; les Kasaïens, minoritaire, et les autochtones katangais, majoritaires à Élisabethville (Katanga); les Luba, minoritaires, et les Lulwa, majoritaires, à Luluabourg;  les Bangala, minoritaires, et les Bakongo majoritaires, à Léopoldville; etc. Ce sont des organisations sur la base de ces groupes identitaires qui deviendront à l’approche de l’indépendance une modalité de conquête du pouvoir politique. À Lodja, les deux communautés sœurs d’Atetela, comme partout ailleurs à l’échelle de la colonie, étaient divisées (maintenues « en vase clos ») par le système de l’époque. La responsabilité de cet état de chose déplorable n’est donc pas imputable aux  « Atetela wa Ase Eswe », victimes eux-mêmes de l’instrumentalisation du système colonial, comme les autres groupes énumérés plus haut. Les autres peuples de notre pays, victimes comme nous hier de la stratégie coloniale de la division, se rassemblent aujourd’hui pour être plus forts dans ce monde global. Les populations du Sankuru seraient-elles par atavisme incapables de faire comme les autres? Je ne crois pas à la fatalité : les masses populaires en tant qu’entités porteuses des besoins identitaires attendent toujours les mots d’ordre de leurs leaders. C’est pourquoi il faut en appeler à la conscience professionnelle des leaders politiques sankurois (j’exprimerai clairement mon opinion sur ce point à la fin de ce document). Je termine ce paragraphe en insistant sur le fait qu’il est suicidaire de notre part de continuer de nous diviser pendant que tout autour de nous les autres se rassemblent pour relever les défis de la mondialisation. Voilà pour la première correction importante à apporter au message de Michel Kipoke.  

La deuxième correction, aussi importante que la première, concerne la « conséquence logique » que Michel Kipoke tire de la « situation de séparation ». Il trouve qu’ « il y a eu très peu de couples mixtes Ekonda Eswe » au point « que les Atetela revenus du Katanga, du Burundi, du Rwanda, de Bukavu ou de Kisangani avaient amenés avec eux plus des femmes originaires de ces endroits que ceux qui avaient quitté Lodja (sic) ». De fait, la stratégie de séparation mise au point par le système colonial, comme nous l’expliquons plus haut, n’était pas de nature à favoriser des mariages mixtes entre les membres des deux communautés sœurs. Mais en dépit de cela, heureusement, et grâce à la force indomptable de nos coutumes (« Ona pami lokono la mange keende, lene awokashawo katondoka edjo, lene atondoka edjo katondoka ngelo, lene atondoka ngelo katondotshuka waadi »), les nouveaux venus, pour consolider leurs relations avec les habitants de leur nouveau milieu de vie, ont scellé leurs amitiés par des liens de mariage. Il y a eu beaucoup de mariages mixtes, contrairement à ce qu’affirme Michel Kipoke. Un petite enquête préalable, aurait permis à notre frère Michel Kipoke de se rendre compte que la pratique des mariages mixtes est une des valeurs traditionnelles chez les Atetela. Le terme « okilo » qui exprime le lien matrimonial par la fusion des sangs entre deux familles signifie en français « interdit ». La sagesse traditionnelle chez les Atetela recommande la fusion des sangs par le mariage quand des communautés se rencontrent, pour dissiper toute perspective de conflits violents : c’est que, la fusion des sang est un pacte de sang qui évite de verser le sang. C’est ainsi, mon cher Michel Kipoke, que beaucoup de chefs « asambala »  cédaient leurs filles en mariage, et eux-mêmes en échange, en épousaient parmi les autochtones. Tout au long de notre histoire de l’époque coloniale, et même après, il y a eu beaucoup des couples mixtes « célébrissimes ». On en compte plusieurs parmi les premiers politiciens, les premiers cadres universitaires, les enseignants, considérés comme de hauts cadres de ce temps-là … C’est autant dire que l’attirance du sang de nos ascendants communs qui coule dans nos veines et la flamme inextinguible du sentiment de fraternité partagé entre tous avaient eu raison de l’idéologie coloniale séparatiste. On peut citer au hasard, si vous voulez, sans prétention d’exhaustivité, seulement quelques couples mixtes plus connus : 

1.      Jacques Yula (Okela de Lomela) mari de trois femmes originaire d’Eswe.

2.      La mère d’Emery Pena Senga, épouse de Owandji Senga (Okela Lomela).

3.      Les deux femmes d’Emmanuel Oleko (d’Ahamba Katako) étaient d’Eswe

4.      Papa Albert Welo (Eswe), sa femme (d’Ahamba Katako)

5.      Papa André Drabis Diomasumbu (Ekonda Lodja), femme (d’Eswe)

6.      La femme de Docteur Panya (Ekonda Lodja), femme (d’Eswe)

7.      Le couple Médard Olongo (Ekonda Lodja), femme (d’Eswe)

8.      Le couple Medard Otshudi (Ekonda Lodja), femme (d’Eswe)

9.      Le couple Alomba Victor (Ekonda Lodja), femme (d’Eswe)

10.   Le couple Alphonse Emongo (d’Asambala Katako), femme (d’Eswe)

11.   Ex-frère Prospère Dikolo Ekele (Ekonda Lodja), femme (d’Eswe)

12.   Le couple Gérard Katako (d’Eswe), femme (Okela Lomela)

13.   Le couple Justin Okeya, ancien député (Okutshu, Kole), femme (d’Eswe)

14.   Le couple Modeste Wetshonga, ancien député (Ohindo Kole), femme (Eswe)

15.   Le couple Joseph Pambi, ancien AT (Ohindo, Kole), femme (Eswe)

16.   Pauvre Papa Étienne Kihuyu (Okela de Lomela) femme : Osambala de Lomela. De ses propres parents à Tete Ngomba, la mère était Osambala d’une famille d’Elohe (noble de la cour royale) et son père Okela de Lomela

17.   Papa Benoît Wetshindjadi (Ekonda), femme Maman Maria Dikasa (Eswe)

18.   Albert  Djemba  (Ekonda) femme (Eswe)

19.   Arrière parent de Charles Okoto (Ekonda) l’autre (Eswe) du village Manda de Okidi wa Lomami

20.   Un Arrière parent de Lambert Mende (Ekonda) l’autre (Eswe) de Lubefu

Et j’en passe.

La troisième correction, aussi importante que les deux premières est relative à la responsabilité des hommes politiques du Sankuru d’hier et d’aujourd’hui. À mon avis, le souci de l’apaisement, que nous partageons tous, ne doit cependant pas nous pousser à exonérer totalement nos politiciens de la première génération de leur responsabilité. En effet, si papa Albert Welo et papa André D. Diomasumbu ne peuvent pas être tenus pour responsables de « la situation de séparation » ayant relevé, on le sait déjà, d’une cause très lointaine et historiquement imputable au système coloniale, chacun de ces deux leaders politiques s’y est appuyé pour fonder sa légitimité électorale.  En nous efforçant de comprendre qu’en 1960 ni l’un ni l’autre n’avaient l’expérience suffisante pour éviter la « guerre fratricide » (ils avaient un peu moins de 30 ans chacun), nous pouvons, au mieux, atténuer notre condamnation, sans les disculper dans l’absolu, et encore moins les présenter complaisamment comme des modèles à suivre. En effet, qu’il soit commis par inexpérience ou par ignorance, un mauvais acte ne se transforme jamais en vertu. Il faut le condamner en le situant dans son contexte, c’est-à-dire en tenant compte de toutes les circonstances atténuantes ou aggravantes qui l’ont entouré, afin de dissuader les autres membres de la communauté de répéter la même erreur.

 Ce serait ouvrir une porte au déni d’une des pages les plus sombres de notre passé et compromettre la construction de l’avenir du Sankuru. Ce serait promettre des hourras à certains acteurs politiques sankurois d’aujourd’hui qui, déjà, commencent à se préparer en coulisses pour rééditer la scène macabre des années 60. Cette dernière affirmation sert de transition au point suivant intitulé « des précautions immédiates et utiles à prendre »  

3. 2. Réflexions sur des précautions immédiates et utiles à prendre

L’origine de « la situation de séparation » des deux communautés ayant été exogène, c’est-à-dire imputable au système colonial, il n’est donc pas question de penser aujourd’hui qu’en dehors de cette cause et dans un contexte totalement différent, la situation de l’époque coloniale se reproduise à Lodja. Soutenir aujourd’hui, au cours du débat sur le choix du chef-lieu de la province du Sankuru, que les Atetela originaires de Lodja envisagent avec crainte « de vivre à nouveau en Atetela de seconde zone sur leurs terres », c’est jeter un pavé dans la mare. L’expression « leurs terres » que je souligne est impropre, anachronique et dangereuse. Impropre d’abord, parce que même dans le contexte de la colonisation, selon toutes les sources de référence dignes de foi, « les colons n’avaient jamais dépossédé ni exproprié les autochtones de leurs terres pour y installer les nouveaux venus ou construire leurs centres de services administratifs. C’est pourquoi, tous ces centres étaient appelés « extracoutumiers ». Évidemment, en subissant la loi de l’environnement, les habitants originaires de Lodja, de Kole, de Lomela, de Katako, de Lubefu ou de partout ailleurs dans notre pays,  peuvent exprimer des prétentions de propriété  sur des terres qu’ils occupent, bien que suivant la logique coloniale, ces terres appartiennent à l’État. Les Bayaka se prévalent de quelques droits sur la ville de Kinshasa, sans exiger d’être les seuls gestionnaires de la capitale du pays ni chercher à occuper toutes les fonctions de représentations politiques, comme le réclament aujourd’hui certains leaders politiques originaires de Lodja. Anachronique ensuite, l’expression « leurs terres » l’est aussi, dans le contexte actuel de la mondialisation et de la construction de grands ensembles régionaux, nationaux et internationaux. Dangereuse enfin,  parce que l’expression « leurs terres » incite également à la division, au rejet de l’autre qui, en l’occurrence, n’est autre que mon frère ou ma sœur né(e) par hasard à Katako ou à Lubefu, à quelques kilomètres de Lodja. La proscription de ce genre de langage fait partie des précautions immédiates et utiles à prendre dans nos interventions.  C’est une sorte  de « dopage » qui risque d’éveiller, aujourd’hui en 2006 comme hier en 1963, des opportunismes séparatistes de certains politiciens sankurois. Tenez, mon cher Michel : Michaël Jean, une jeune femme de race noire, née en Haïti, immigrante au Canada, puis devenue Canadienne par naturalisation, est aujourd’hui « Gouverneure générale » du Canada. Or, plus de 90% des Atetela qui avaient quitté Lodja à cause de la guerre pour aller à Djalo sont nés à Lodja. Ils sont presque tous rentrés à Lodja depuis longtemps. N’ont-ils pas normalement plus de droit de prétendre à un mandat politique à Lodja que l’actuelle « Gouverneure générale » canadienne au Canada? Comment expliquer que des exemples pareils, qui sont légion dans le monde aujourd’hui, voire à l’échelle nationale de notre pays, ne nous interpellent pas?

La conception de l’État moderne privilégie la légitimité fondée sur le mérite tel que celui-ci est défini en droit positif. En ce sens, s’il est appelé à devenir  le chef-lieu de la province, tout centre du Sankuru à vocation urbaine appartient à tous les Sankurois, et même à tous les Congolais. Les habitants du lieu choisiront leurs représentants en fonction du seul critère objectif de leurs mérites. Les discours d’incitation à la discrimination que nous lisons dans les journaux et à travers nos sites et forums d’échanges et de discussions sont l’œuvre des politiciens véreux et carriéristes de tous bords, prêts à faire verser le sang pour leurs propres intérêts. Ils semblent oublier que 2006 n’est plus 1963, et qu’ils n’ont plus l’excuse ni de l’inexpérience ni de l’ignorance; qu’ils n’ont plus l’âge qu’avaient Diomasumbu et Welo en 1960; et que la cause extérieure de la situation de séparation et de division n’existant plus, ils sont donc totalement responsables de leurs actes par lesquels ils seront jugés et sanctionnés.

Notre rôle en tant qu’animateurs socio-culturels est d’éveiller la conscience collective de nos frères du Sankuru, particulièrement ceux du territoire de Lodja, pour qu’ils sachent que seule le choix démocratique des représentants fondé sur les principes méritocratiques peut contribuer au développement durable de notre Sankuru; ce n’est pas parce qu’un politicien se proclame natif de Lodja qu’il a la vocation de bâtisseur et d’artisan du bonheur des Lodjaciens. En admettant qu’une personne née par hasard à Katako-Kombe et établie à Lodja tout aussi par hasard soit une étrangère (ongendangenda) à Lodja, un proverbe otetela dit : « Ongendangenda mbitshaka kanga ngelo ». Jugeons ceux qui viennent habiter chez nous à Lodja par ce qu’ils font ou pourraient faire pour le développement et la mise en valeur de « notre  terre » en faveur de nos populations  et non par leurs origines.

Pour conclure

À la lumière de tout ce qui précède, lorsque Michel Kipoke conclut son message en disant : « ainsi, si nous voulons reconstruire le Sankuru de nos rêves, nous devons prendre conscience que certaines de nos attitudes ont pu blesser, et parfois continuent à blesser nos frères originaires de Lodja, de Lomela, de Kole ou de Katako-Kombe » (5), je lui réponds moi en ces termes : « ce conseil est intéressant, cher frère Michel, mais il ne s’applique pas à notre génération.  Vous et moi ne sommes nullement responsables de ce qui s’est passé en 1963, encore moins avant cette date. Car ce passé auquel vous et moi n’appartenons pas ne doit pas nous être imputable;  il ne concerne notre « expérience actuelle » soumise à l’épreuve du temps présent, que comme une leçon à retenir pour la construction de notre avenir commun. « Autre temps, autres mœurs ». Car en fait, que reprocherait-on aujourd’hui à notre génération? Quelle est sa part de responsabilité dans les événements des années 60? Quand Lambert Mende et Adolphe Onosumba rivalisent politiquement, même leurs partisans à Lodja n’invoquent pas ces blessures morales ou physiques des années 60 comme arguments de campagne. En outre, en parlant de ce concept « Ekonda-Eswe », nous devrions éviter de le généraliser et de vouloir y inclure d’autres territoires comme Katako-Kombe ou Lomela. À Katako-Kombe particulièrement, le concept « Osambala » a pris une telle extension, grâce aux mariages mixtes notamment qu’il est presque dilué au point que l’on ne sait plus aujourd’hui qui est « Osambala » et qui n’est l’est pas. Un aussi bel exemple de cohabitation harmonieuse entre les deux communautés sœurs devrait être signalé avec bonheur à tous les Sankurois au lieu de nous complaire dans la description des erreurs d’un passé vécu par une génération qui n’est pas la nôtre. À vouloir insister sur le mal, on le suggère indirectement comme un modèle à imiter. C’est ainsi que la psychopédagogie encourage les formateurs et autres éveilleurs  de consciences sociales à dire : « Faites ceci. »,  au lieu de dire : « Ne faites pas ceci. ». Le premier ordre montre le bien qu’il faut faire, les second montre le mal qu’il ne faut pas faire.

Ainsi mon cher Michel Kipoke, l’exhumation crue des comportements répréhensibles et discriminatoires,   appartenant à une époque déjà ancienne et relevant des causes imputables à l’administration coloniale comme je viens de le démontrer, risque au contraire de conférer une certaine légitimité aux récents agissements tout aussi condamnables de quelques habitants séparatistes originaires de Lodja. C’est encourager au mal ceux qui se croient plus en droit de vivre à Lodja que d’autres Atetela, et pèchent contre leurs frères et sœurs par ce qui ressemble à la xénophobie, ou plutôt à la « fratriphobie » (le terme est de mon invention), la plus abjecte et à l’exclusion injustifiée de nos jours. Le saut historique rétrospectif que vous opérez cher Michel, pour justifier le comportement séparatiste et « fratriphobe » de certains de nos frères originaires de Lodja est un anachronisme dangereux. On ne peut pas condamner la jeune génération pour « des crimes » qui auraient été commis par l’ancienne. 

Enfin, cher Michel, je termine cette mise au point par une question de pure rhétorique : la guerre fratricide des années 60 a coïncidé avec la période électorale; aujourd’hui, les esprits s’échauffent à Lodja depuis l’annonce des élections. Les mêmes causes produisant ainsi les mêmes effets, pouvez-vous vraiment continuer de soutenir que le conflit Ekonda-Eswe n’est pas une affaire des politiciens?  Selon moi, il est  uniquement affaire de politiciens. Ce sont les politiciens qui (ré) actualisent à chaque fois, pour leurs seuls intérêts égoïstes, un vieux conflit profondément enraciné dans les cœurs et les têtes de pauvres et paisibles habitants de chez nous à Lodja.

Bonne chance à nous.

Professeur Jean-Christophe L. A. Kasende 
French Department. Dalhousie University
Nova Scotia, Canada.
Jclakasende@yahoo.com
(902) 431-2429 (home)
(902) 494-2425 (office)

 

 
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