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Ana wa Mongo
du Sankuru :
Quelques repères historiques
La juridiction administrative appelée le District du
Sankuru fait partie de la Province du Kasaï Oriental, au cœur de la République
Démocratique du Congo.
L’histoire administrative de ce District remonte au début de la
colonisation.
Au terme du décret du 1er août 1888, l’État Indépendant du
Congo(1885-1908) se subdivise en 11 Districts. L’actuel Sankuru se
trouve alors englobé dans le District du Kasaï.
Le décret du19 juillet 1895 fusionne un certain nombre de districts, tout
en divisant quelques autres. Le Sankuru fait désormais partie du District
Lualaba-Kasaï.
La circulaire du 22 avril 1904 divise quelques districts en secteurs. Le
Secteur du
Sankuru voit le jour l’année suivante, avec pour chef-lieu
Lusambo.
Le territoire occupé par le secteur correspond exactement au territoire
occupé par l’actuel District du Sankuru.
Le 28 mars1912, un Arrêté Royal divise à nouveau la colonie en 22
districts, créant par la même occasion le District du Sankuru. Une année
plus tard, soit le26 novembre 1913, l’ordonnance du Gouverneur Général
divise pour la première fois le Sankuru en territoires administratifs.
Le 21 mars1932, l’ordonnance d’Administration Générale supprime le
District du Sankuru et rattache certains de ses territoires à d’autres
appartenant antérieurement à d’autres districts ou territoires.
L’ordonnance du Gouverneur Général du 29 septembre 1933 institue à
nouveau le District du Sankuru. Un peu plus tôt cette même année, la
Province de Lusambo est créée au terme de l’Arrêté Royal du 29 juin
1933, avec pour chef-lieu Lusambo, avant d’être transféré à
Luluabourg en 1950. À cette date, la province change d’appellation et
devient la Province du Kasaï.
Au demeurant, le Sankuru actuel tient sa configuration géographique du
Secteur du Sankuru créé en 1904, tandis que son appellation lui vient du
District du Sankuru créé en 1912.
Le Sankuru comprend aujourd’hui 7 territoires administratifs : Lodja,
Lubefu, Lusambo, Lubao, Kole, Lomela, Katako-Kombe.
Les populations autochtones du Sankuru sont de souche lomongo. En effet,
elles se reconnaissent toutes comme des Ana wa Mongo(descendants de
Mongo). Les trajectoires migratoires historiques semblent recouper les
mythes d’origine des différentes souches lomongo. C'est ainsi que : Les
Ana wa Mongo seraient venus de l’ouest, principalement en remontant le
fleuve Congo puis la rivière Lomami. On pense que leur ancêtre lointain
s’appelle Otekele. On ignore d’où il venait. Il semble toutefois
qu’il se soit installé dans les environs de l’actuelle ville de Bumba,
en Province de l’Équateur. Otekele engendra Mongo.
Mongo, l’ancêtre éponyme des Ana wa Mongo, se serait avancé dans la
forêt, entre les rivières Laha ou Tshuapa à l’ouest et Lomami à
l’est. Il engendra Membele.
Membele engendra Okutshu Membele.
OkutshuMembele serait retourné vivre au site fondateur de Bumba. Il
engendra Ndjovu, Ngando et Watambolo. À partir de lui, on rapport que
descendants de Mongo remontèrent le fleuve Congo puis les rivières Laha
et Lomami, jusqu’au site d’Enyamba la Wadi, en territoire de
Katako-Kombe. C’est delà que remonterait le peuplement du Sankuru
actuel.
Ndjovu reprend la direction de l’est, au pays du Manyema. Les Wakusu
seraient ses descendants.
Ngando descend vers le sud-ouest, dans les actuels territoires de
Katako-Kombe, Lomela et Lodja. Il eut une nombreuse descendance : Bakela,
Nambelo, Bankfutshu, Ahamba, Basongomeno et bien d’autres.
Watambolo descend vers le sud-est, au-delà de la rivière Lotembo, en
territoire de Lubefu. Les Atetela en sont les descendants.
Ainsi, les Ana wa Mongo occuperaient à peu près le tiers de la
superficie de la République Démocratique du Congo. On les retrouvent
auManyema et jusqu’à Kasongo (Kivu) à l’est, autour de Kongolo
(Katanga) au sud-est, dans la Province de l’Équateur au nord-ouest,
dans la Province duBandundu vers l’ouest en pays des Tomba ye Ndjale.
Quant aux populations du Sankuru, bien que généralement identifiées
comme des Atetela, elles se distinguent entre elles comme étant desAhamba,
des Wakusu, des Bankfutshu, des Bakela, des Bayonga, des Asambala, des
Nambelo, des Basongomeno, les Atetela proprement dits, etc. Schématiquement
parlant, on retrouve les Ahamba dans la partie nord du territoire
deKatako-Kombe et à l'est de la zone de Lomela ; les Wakusu entre la rivière
Lomami et le fleuve Congo ; les Bankfutshu, les Bakela et les Yonga
dansles territoires de Lomela, Katako-Kombe et Kole ; les Atetela dans les
territoires de Lodja, Lubefu, Lusambo, Lubao, Kole, Lomela et Katako-Kombe.
Il est un fait que l’histoire du Sankuru ci-dessus esquissée n’est
qu’indicative. On sait par exemple que les Asambala, anciens lieutenants
de Ngongo Leteta constitués en Auxiliaires de la Force Publique, furent
chargés de conquérir le centre du pays, l’actuel Sankuru y compris,
pour le compte de l’État Indépendant du Congo. Ces Asambala ou
Batambatamba, presque tous des Atetela des bords de la rivière Lomami,
armés de fusils marquèrent l’imaginaire populaire de certaines contrées
conquises. Mais depuis lors, ils se sont intégrés et ont pris racine
dans les zones antérieurement conquises par leurs pères.
Au demeurant, la dénomination des Atetela a tendance à recouvrir
l’ensemble des Ana wa Mongo du Sankuru. Leur parenté phylétique est
indéniable. Non seulement ils partagent les mêmes valeurs et pratiques
culturelles, mais leurs langues s’apparentent, avec des variations
minimes. Les Atetela se sont toujours distingués, aux yeux des pouvoirs
successifs, comme des gens jaloux de leur liberté, difficiles à dompter,
courageux et intelligents. Malgré cela, ils semblent en proie à la
tentation de la division plus que de l’unité. Au début des années 60,
se développa une dangereuse idéologie xénophobe, polarisée par deux
groupes aussi fanatiques qu’artificiels ne représentant que leurs
instigateurs : Ase Eswe et As’ekonda ou gens de la savane et gens de la
forêt. Aujourd’hui, heureusement, les nouvelles générations n’ont
que faire de ce triste souvenir et n’aspirent qu’à mieux connaître
leurs origines et à bâtir le pays de leurs pères.
Par Lomomba EMONGO
Docteur en Philosophie et Lettres
Écrivain
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