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Débat sur
Ngongo Leteta
Par Professeur Antoine Dimandja
E-mail:
profdimandja@yahoo.fr
Le
professeur Antoine Roger Dimandja est né le 07 novembre 1936, précisément à
la maternité de l'hôpital méthodiste de Wembonyama. Il est originaire du
village Ngandu Shenga, dans le groupement Olongo Etanga, secteur de Lokombe
II, territoire de Katako-Kombe.
Après ses études primaires faites successivement à Dingele, à Diengenga, à
Minga et enfin à Wembonyama, il a été admis à l'école secondaire unie de
Mutoto en territoire de Demba le 02 janvier 1953, et fut diplômé de la
section normale à Katubue en territoire de Dibaya, district de la Lulua
(Kasaï), le 19 juin 1959.
Il s'inscrira ensuite à l'Université officielle du Congo belge durant
l'année académique 1959-1960, mais fut parmi les rescapés évacués du Katanga
et qui arrivèrent à Wembonyama via Lodja en octobre 1960. Il commença alors
à enseigner à l'école de moniteurs (actuelle école secondaire de Wembonyama)
jusqu'à 1962.
De 1962 à 1969, il entreprendra des études universitaires aux Etats-Unis,
d'abord comme boursier de l'Église Méthodiste Unie à New York, ensuite à
partir de 1966, avec l'assistanat de l'université de l'Etat du Sud de
l'Illinois (SIU) à Carbonne.
Revenu au pays après sept ans d'absence, en 1969, il fut affecté comme
professeur, par l'Évêque du diocèse de l'Église Méthodiste Unie du Sud Congo
(EMSC), John Wesley Shungu, à l'Institut Brinon à Mwanza, territoire de
Sandoa, district du Lualaba, province du Katanga.
En 1970, précisément le 4 octobre, il prendra son inscription aux Halles
Universitaires de Louvain, pour préparer un doctorat en histoire, sous la
direction des professeurs Roger Aubert et Guy Malengreau. Cette thèse
s'intitulait " Le pays de Katako-Kombe à l'époque coloniale (1904-1945); et
la thèse annexe portait sur "l'histoire politique des États-Unis d'Amérique
pendant la décennie vingt". La défense publique de la thèse eut lieu à la
Faculté, et le lauréat fut proclamé docteur en Philosophie et Lettres :
groupe B : Histoire (Cum Laud) le 21 mai 1974.
C'est alors que Monseigneur Tharcisse Tshibangu, recteur de l'époque à
l'UNAZA, le désigna le 15 octobre de la même année, comme professeur
associé au département d'histoire de la Faculté de Lettres à Lubumbashi.
Après deux ans, le conseil révolutionnaire de l'UNAZA le promut au grade de
professeur ; puis, à celui de professeur ordinaire après quatre ans
d'enseignement. Ses fonctions administratives à la faculté furent
successivement celles de secrétaire de département d'histoire, de chef de
département et vice doyen chargé de la recherche.
Toujours en contact avec ses collègues professeurs émérites et avec ceux qui
enseignent encore, voire avec plusieurs autres chercheurs éparpillés dans le
monde, le professeur Antoine Roger Dimandja séjourne actuellement aux
Etats-Unis d'Amérique.

Résidence de Ngongo Leteta à Ngandu jusqu'à son exécution en septembre 1893.
Son fils Lupungu l'a occupée jusqu'à son éviction et son départ de Nyangwe à
son exil a Stanleyville en 1896. Ngongo Luhaka qui a été rappelé par les
Blancs de l’E.I.C. de chez les Kondo à Lodja pour être le successeur
légitime de Ngongo Leteta occupa cette même résidence jusqu'à la
destruction du poste d'Etat de Ngandu par le sous-- lieutenant Henri De Cort
(Bwana Toto) en 1904. C'est bien lui qui prit cette photo dans le village de
Ngandu au bord de la rive gauche de Lomami et obligea Luhaka et les autres
chefs à déménager immédiatement pour s'installer près de la lisière de la
forêt équatoriale au nord près du poste de Katako-Kombe qu'il venait de
créer en mai 1904. Il invita les Asambala à faire la collecte du caoutchouc
sauvage. Donc vous voyez comment les Asambala s'habillaient à l'arabe par
opposition aux autochtones de la savane et de la forêt. (Cf. Archives
historiques du Musée Royal de l’Afrique Centrale à Tervuren, Belgique).
Le Débat:
Chers frères et
sœurs,
Notre débat consiste
à examiner un problème qui date du XIXième Siècle et qui continue
jusqu’aujourd’hui à embrouiller l’histoire des Atetela et des Asonge. Il
s’agit de connaître avec exactitude, de part et d’autre, la vérité sur le
témoignage selon lequel Ngongo Lutete (sic) Leteta fut Otetela ou Osonge.
Nos soigneuses recherches dans le temps et dans l’espace en RDC, en Belgique
et aux États-unis auprès des vieux qui étaient encore en vie, et qui
n’avaient pas de trous de mémoire, nous ont non seulement permis de
confronter différents points de vue avec ce qui a été dit ou écrit maintes
fois, mais encore conduit à conclure que ce conflit empreint d’héroïsme
n’est pas définitivement tranché par nous, et partant pour notre postérité.
L’histoire étant un sujet d’explication, nous devons faire un effort dès
maintenant de rechercher la vérité pour la diaspora qui n’a pas de lien
étroit avec notre terroir.
Comme tous ses
concitoyens et concitoyennes du XIXième Siècle, nul ne sait quand Ngongo
Leteta naquit. Feu Patrice Emery Lumumba fut le premier a nous révéler lors
d’une entrevue dans la soirée au Guest House de la Sabena, sis Avenue des
aviateurs, près de l’ancien aérodrome d’Élisabethville, où il logeait le 8
mai 1960 en tant que membre du collège exécutif général accompagnant le
président Henri Cornelis, Gouverneur Général du Congo Belge et du
Ruanda-Urundi dans sa dernière tournée qu’il a beaucoup lu et discuté de ce
sujet avec de nombreux Européens et Congolais. Monsieur Lumumba qui parlait
en otetela a déclaré sans ambages que Ngongo Leteta fut notre chef suprême
et celui des Asonge. Certains Flamands notamment Père Boelaert en province
de l’Equateur l’avait appelé péjorativement et erronément Ngongo Lutete dans
ses articles dans Aequatoria .Il donnait comme explication qu’il était
Ngongo “le vagabond”.
Pour nous et pour les
Asonge, il était notre héros national. Il avait été injustement arrêté, mis
sous les verrous et jugé publiquement à la hâte au poste d’Etat à Ngandu par
un officier de la Force Publique Jean Scheerlinck. Celui-ci provoqua un
conseil de guerre dérisoire dont il fut président. Ses deux assesseurs
furent ses frères. Il ne s’était même pas référé à son chef Commandant
Dhanis à Kasongo. Il le condamna a mort jeudi le 14 septembre 1893. Ngongo
Leteta avait souhaité être comparu en justice à Lusambo ou à Léopoldville au
lieu d’être jugé en brousse. Il avait également préféré que son fils
Lumpungu dont la mère fut osonge, originaire de Malela (à ne pas confondre
avec chef osonge Lumpungu de Kabinda), soit son successeur. Tout cela fut un
coup d’épée dans l’eau! En présence d’une foule nombreuse et des deux autres
blancs, Scheerlinck donna l’ordre au peloton d’exécution noir auquel un des
blancs se serait mêlé de tirer leur gâchette à 7 heures du matin, vendredi
15 septembre 1893, et le Chef Ngongo tomba par terre.
Selon Patrice
Lumumba, Scheerlinck fut incompétent pour ce jugement, seul le lieutenant
Duchene, chef de poste de Ngandu fut compétent. Dhanis fut promu par le Roi
Léopold II comme baron pour sa victoire sur les Arabes avec le concours de
Ngongo Leteta et ses vaillants combattants sans lequel tout cela n’aurait
pas été possible. Le haut officier belge le regretta jusqu’à la fin de sa
vie au début du XXième S. La thèse de doctorat défendue en Flamand à
l’université de Gand par Monsieur Philippe Maréchal, actuel chef de
département d’histoire au Musée Royal De l’Afrique Centrale, en fait foi.
Répondant à notre
question sur un de ses articles relatif à Ngongo Leteta que nous avons lu
dans un journal méthodiste (EMECOCE) à Wembo Nyama en 1956, Monsieur Lumumba
confirma qu’il avait pris l’habitude à Stanleyville alors qu’il était commis
postal de commémorer jusqu’à ce jour l’exécution ou la mort de notre chef
suprême ou souverain chaque 15 septembre de chaque année. En effet, ce fut
lui et les chefs Asonge Lumpungu, Mpanya Mutombo ainsi que leurs vaillants
guerriers qui nous ont délivrés de l’occupation arabe et mirent fin à la
traite des esclaves qu’ils pratiquaient non seulement au Maniema, mais aussi
au Sankuru. Nos frères et sœurs qui devinrent esclaves transportaient les
pointes d’ivoire de Lomami a travers le Lualaba jusqu’a l’ océan Indien où
les Sultans arabes les vendaient aux européens, sans aucun espoir de retour.
On se rappellera que ces derniers pratiquaient le trafic des esclaves sur
les côtes d’Afrique depuis le XVIième Siècle. Au XIXième Siècle, le
Congrès de Vienne le condamna en 1815, mais malgré les diverses conventions
qui le prohibaient, le trafic ne put disparaître que peu après que Ngongo
Leteta eut astucieusement changé des camps notamment l’abandon des Arabes et
l’appui des Européens. Pour Monsieur Lumumba qui fut à la fois détribalisé
et leader nationaliste, il importait peu si Ngongo Leteta fut Otetela ou
Osonge.
Au moment où il entra
au service des Blancs le 19 septembre 1892, lui et ses braves combattants
devinrent instrument utile de décolonisation contre les Arabes comme lui à
l’égard des Belges en 1960; sauf que Ngongo joua le rôle de colonisation
avec les Européens peu avant son élimination physique par ceux-là même qu’il
venait d’aider dans l’Est de notre pays. Bref, Ngongo Leteta fut le premier
martyr Otetela ou Osonge. L’ancien vassal de Ngongo, Lumpungu de Kabinda,
l’échappa belle au XIXième Siècle, mais son successeur Lumpungu II fut pendu
par l’administration coloniale belge à Kabinda en 1936 sur allégations
d’actes ou pratiques barbares contre les Asonge comme fut le procès public
de Ngongo Leteta contre sa population le 14 septembre 1893 avant l’exécution
le lendemain matin...
La seconde question
que l’on puisse se poser est celle de savoir quel était son âge ? Etant
donné l’ignorance de sa date de naissance, ni les Atetela ni les Asonge
voire les Arabes, personne ne peut s’aventurer de répondre à cette question!
Une seule personne à cette époque osa donner un coup d’essai approximatif de
l’âge de Ngongo Leteta. Il s’agit de docteur Sidney L. Hinde, capitaine
Anglais de l’expédition de Francis Dhanis (Bwana Fimbo Mingi). Celui-ci fut
à la fois Commissaire de District du Lualaba dont le chef-lieu provisoire se
trouvait à Lusambo après son érection par Paul Le Marinel sur le Sankuru et
Commandant du territoire Arabe dont la résidence fut fixée à Kasongo après
la victoire sur les Arabes. Selon docteur Hinde, il fut beaucoup
impressionné par les talents de Ngongo Leteta au cours de la campagne contre
les Arabes de 1892 à 1893. Il fut le premier à estimer dans son livre. « The
fall of the Congo Arabs » publié en 1897 qu’il était un homme âgé de trente
ans et il fut Ukusu (Otetela) par le sang. On peut alors déduire qu’il était
né aux environs de 1863.
Par surcroît, il
n’était pas du tout un homme de troisième âge, c’est-à-dire appartenant à
une période qui suit l’âge adulte et ou cessent les activités
professionnelles proprement dites. Il était bel et bien entre deux âges, à
savoir : la jeunesse et la vieillesse, ni jeune ni vieux! Notre grand-père
maternel Utshudi A Koy, ex-esclave de Ngongo à Ngandu et forgeron à Usumba à
Wembo Nyama nous a souvent dit que Ngongo Leteta était de taille moyenne et
de teint clair. Il avait des dents limées qui étaient à la mode à l’époque.
Il s’habillait en blanc et portrait des sandales, tantôt un fez rouge sur la
tête, tantôt un chapeau multicolore des plumes d’oiseaux. Un autre ancien
esclave, Nsenga Iyoko originaire d’Ikela à Lomela, qui fut capturé jeune
nous a dit qu’il fut témoin oculaire quand Ngongo vivait dans son palais à
Ngandu. Il nous dit au village Kitambala, près de poste d’Etat de
Katako-Kombe en 1970 qu’il avait toujours ses pieds sur de peaux de léopard
et de lion. Il tenait en mains son fusil que les Blancs lui ont donné Il
parlait plus l’osonge que l’otetela.
Pour nous, il était
mystérieux, craint et divin. Il ne voulait pas qu’on sache sa tribu, ni son
origine. Bref, il connut des jours de plus en plus courts par les Blancs à
Ngandu, c’est pourquoi nous nous sommes dispersés après son exécution vers
nos régions d’origine. Pour ceux qui s’en souvenaient. Il faut se rappeler
toutefois que sa résidence de Ngandu et sa tombe sont jusqu’ici en terre
Asonge en territoire de Tshofa ; ces terres n’étaient pas fertiles et les
gens mouraient de faim. Ce n’est pas pour rien que les hommes de Ngongo
pratiquaient le cannibalisme.
Professeur Vansina,
historien politique moderne de l’Université de Wisconsin qui vint donner son
cours d’histoire de l’Afrique à Katholiek Universiteit te Leuven (KUL) à
Louvain-l’ancienne, nous admit comme auditeur libre dans sa classe pendant
un semestre de l’année académique 1973-74. Il nous dit en substance en
anglais que lorsque le représentant Arabe mourut dans le haut Lomami aux
environs de 1884, Tippo Tip, un mentis Arabe (connu et appelé MUTSHIPULE par
les Akusu ou Atetela) dont la résidence se trouvait à Kasongo sur la rive
droite du fleuve Lualaba, en amont de Nyangwe depuis 1875, nomma Ngongo
Leteta, un Otetela ou Songe le premier chef noir pour le remplacer.
Comme on le verra
plus loin, Ngongo Leteta serait venu jeune du village Kilembue ou Kalemba
lorsqu’il accompagna Mutshipule lors d’une de ses tournées. Ce dernier
l’appelait Ngongo Ruweteta ou Ngongo Lueteta en tant que son domestique ou
boy à la cour où il a grandi. Il faut noter en passant que les Akusu ou
Atetela ainsi que d’autres peuplades du Manyema appellent le fleuve Bahari
ou Lualaba notamment à Kindu et au Sankuru. Loin de nous l’idée de faire une
digression de l’origine de Ngongo Leteta.
En effet, Professeur
Vansina nous recommanda de lire un de ses livres publié en 1966 intitulé:
« Introduction à l’ethnographie congolaise ». Dans cet ouvrage, l’auteur a
effectivement écrit que Ngongo Leteta était simplement Otetela et non Osonge
comme nous venons de le voir. Ce fut l’avis de docteur Hinde. La majorité
des gens que nous avions interviewés dans les pays précités voire nos
souvenirs d’enfance corroborent que Ngongo Leteta naquit au Manyema et fut
comme nous, un des descendants de notre ancêtre éponyme Mongo de l’Equateur
d’où proviennent les Atetela qui occupent les emplacements actuels du
Sankuru et de l’entre Lomami-Lualaba, en ce cas le Manyema. D’après Léon
Delcourt, ancien administrateur chef de territoire de Katako – Kombe (Bwana
Tshuwi) habitant à Liège, les Atetela seraient dans ces régions pour plus de
trois cents ans, c’est ce qu’il a même écrit dans une lettre qu’il adressa
le 3 novembre 1938 au Professeur Georges van der Kerken de l’Université
Coloniale d’Anvers, ancien gouverneur chef de la province de l’Equateur, un
Mongophile et auteur de l’Ethnie Mongo, ouvrage qu’il publia en 1944...
Il en va de soi que
Professeur Vansina a revu et retravaillé son cours et son ouvrage dont le
titre bien connu est : « The Kingdoms of the savanna », publié en 1968. Il
nous semble que l’auteur avait pris soin de garder la première version selon
laquelle Ngongo Leteta fut Otetela ou Osonge. Pour nous, le doute ne
persiste pas, mais certaines personnes n’aiment pas lire ou se sentent mal à
l’aise lorsqu’elles ont affaire à un roman qui tire une conclusion. Ce genre
de lecteurs préfèrent être tenus en suspens, c’est-à-dire une affaire non
résolue ou non terminée. Les Anglais diraient un film à suspense
(thriller) !
A propos, nous avons
eu une discussion au séminaire d’histoire contemporaine en été 1988 avec
Professeur Jean Stengers à l’ULB. Pour sa part, un historien n’est pas un
avocat, ni un juge qui doit trancher au milieu ce qu’il étudie. En effet,
lorsqu’il étudie le passé en vue d’éclairer le présent tel est notre cas, il
doit rapporter exactement les faits, c’est-à-dire qu’il les constate
objectivement sans prendre parti et qu’il s’évertue en même temps à laisser
au lecteur le choix de tirer sa propre conclusion. Bien souvent,
poursuivit-il, ce sont les politologues ou les hommes politiques qui tirent
des conclusions pour tout ce qu’ils étudient.
Durant notre
professorat de dix-sept ans à l’UNAZA, Campus de Lubumbashi, à UNILU, nous
avons eu à lire pas mal de travaux de fin de cycle et de mémoires de licence
qui traitaient de l’histoire de Ngongo Leteta avec des documents à l’appui.
Les avis des chercheurs furent souvent partagés. Ils n’étaient pas unanimes!
Par exemple, au département d’histoire, certains de nos licenciés Atetela
concluaient que Ngongo Leteta fut Otetela, tandis que d’autres étudiants
originaires de district de Kabinda estimaient qu’il était Osonge. Les deux
groupes rapportaient qu’ils avaient supplée leur documentation orale sur le
terrain.
D’autre part, les
étudiants Atetela inscrits en sciences politiques qui ont fait des
recherches ardues sur le terrain tant au Manyema qu’au Sankuru nous ont
donné un vigoureux coup de barre en sciences historiques en ce sens qu’il
nous ont surpris en concluant que Ngongo Leteta fut Osonge et non Otetela!.
De lors, nous ne savions presque pas à quel saint nous vouer? Nous nous
sommes demandés s’ils ont définitivement tranché le problème et quelles
étaient leurs sources authentiques? Jusqu’ici notre soif n’est pas étanchée.
Nous osons croire qu’il en est de même pour d’autres lecteurs intéressés à
ce débat.
Une troisième
question fondamentale consiste a savoir dans quel village Ngongo Leteta
était-il né au Manyema? Est-ce dans un village des Akusu ou des Asonge? Nous
avons dit plus haut qu’il était originaire du haut-Lomami, c’est-à-dire le
sud du Manyema ou la frontière entre les Akusu et les Asonge reste jusqu’ici
mal définie. Ce même problème existe au Sankuru notamment à Lusambo et à
Lubefu. Nous verrons également l’origine du nom de Ngongo Leteta dans le
temps et dans l’espace, en l’occurrence de sa jeunesse à sa nomination comme
Chef des Batetela par les Arabes en1884.
Notre regretté frère
Joseph Okito qui fut entrepreneur avec belle résidence, et chef de secteur
des Batetela (sic) Atetela à Lusambo nous montra une étude qui était le
fruit de son enquête quand nous étions élève à l’école secondaire unie à
Mutoto. Cette étude fut faite dans le village Asambala de Muinyi que nous
connaissions très bien. Son chef était sous-chef d’Omeonga, frère de
l’ancien chef Luhaka mort à Shinga I le 15 juillet 1919. Le village Muinyi
se trouvait à 30 Km au sud du poste d’Etat de Katako-Kombe sur la route de
Wembo Nyama via Shungu A Nkoyi. Il fut le premier à publier le récit de la
jeunesse de Ngongo Leteta dans le journal “COMMUNAUTE” à Luluabourg de
1957-58. Il relata en substance que Ngongo Leteta est né dans le village du
chef des Ahina. Celui-ci fut Ukusu et il s’appelait Pene Muimba. Son père
fut Kasongo et sa soeur Wanyeki. Aucune mention n’est faite de sa mère, ni
d’autres membres de famille.
Dès sa naissance, il
reçut le nom de Muanza Kasongo. Comme garçon, il fut rusé et filou dans le
village. Il se livra à beaucoup de bagarres avec d’autres garçons de son
âge, se terminant souvent par des casses des jambes et des bras. Son père
Kasongo en avait marre de payer des dommages et intérêts. Selon les coutumes
des Ahina, le chef qui concentrait tous les pouvoirs en droit public entre
ses mains, c’est-à-dire (exécutif, législatif et judiciaire), devait exercer
son autorité comme un dictateur en ordonnant ses gorilles à pendre n’importe
quel malfaiteur pour qu’il serve d’exemple, et éviter ainsi de commettre des
crimes
A la surprise de ses
administrés, Pene Muimba passa outre! En effet, il envoya le jeune Manza
Kasongo pour qui il avait beaucoup d’estime et d’admiration pour ses actes
de courage à Kilembue pour accompagner sa fille qui venait d’être épousée
par son homologue Osonge. Selon la tradition orale, ce fut le premier
contact du future Ngongo Leteta avec les Asonge.
Depuis lors, Muanza
Kasongo alla de succès à succès, car le chef de Kilembue le surnomma “LETETA”,
c’est-à-dire ” COUREUR” étant donné qu’il a pu, la corne de fétiche en
mains, courir très vite en parcourant dès le matin et sans se reposer tout
le village, et quand le soir vint, il rentra frénétiquement acclamé par la
population d’abord et finalement embrassé par le chef de Kilembue.
Désormais, le nom Muanza tomba et celui de Leteta l’emporta sur toutes les
lèvres. En fait, Les Akusu ou Atetela se référant à Kilembue comme Kalemba.
Feu Professeur Zacharie Tshimanga, historien congolais de stock Baluba du
Kasaï Oriental, nous avait dit au cours d’un brillant exposé dans notre
Séminaire d’histoire politique de RDC à Lubumbashi que Ngongo Leteta est né
à Kilembue, village à population mixte ou hétérogène, tandis que son
successeur Ngongo Luhaka fut Ukusu ou Otetela. Ce dernier est généralement
regardé comme esclavagiste ayant commis le plus d’atrocités pour l’exode des
Baluba à Luluabourg.
En principe, Lumpungu
de Kabinda réclamait d’être chef de tous les Asonge dont Mpanya Mutombo fut
ancien esclave. Il n’était pas l’ami de Ngongo Leteta avant et après qu’il
n’hérita son père voire solliciter l’aide de Mutshipule. Celui-ci se déplaça
de Kasongo à Kilembue où il devint l’ami de ce chef Osonge. C’est là qu’il
rencontra LETETA. Le jeune homme s’appelait encore Muanza Kasongo Leteta.
Tout le monde fut méfiant et craintif de ce tyran Arabe, excepté Muanza
Kasongo Leteta qui accepta d’accompagner Mutshipule à sa résidence à
Kasongo. II commença par appeler le jeune homme: RWETETA comme il ne parlait
que l’arabe et le Kingwana ou Swahili, langue bantoue importée de l’Afrique
de l’Est. Lueteta devint son serviteur ou domestique bien entendu, il ne
s’appelait pas encore Ngongo. Celui-ci renonça à jamais de revenir à
Kilembue ou Kalemba.
Comme il était de
bonne conduite et apprécié par Mutshipule, il le mit en contact avec son
gérant Tshungu. Ce dernier mit son honnêteté à l’épreuve en lui confiant des
porteurs, un fusil et des munitions pour se défendre, le cas échéant.
Lueteta ou Leteta se révéla un homme fort habile et très capable. Il battit
tous les chefs de Manyema, sauf Ngongo l’Okole qui se fit reconnaître par
ses exploits terribles. Muanza Kasongo Leteta refusait à tout prix
d’admettre une telle supériorité! En effet, il chargea Omeonga et ses
meilleurs soldats de l’arrêter là où il se cacha dans l’îlot de Lomami et
l’amener de gré ou de force devant lui. Leteta qui voulait marquer sa
victoire le long de la rivière Lomami, résolut de prendre le nom de son
adversaire redoutable, en le sommant de ne plus en faire usage! A partir de
ce moment MUANZA-KASONGO-LETETA devenant NGONGO LETETA. Ses noms d’enfance
disparurent. Mutshipule écrivit dans son autobiographie Ngongo Rweteta. Pour
les Atetela, Ngongo Leteta voulait dire Ngongo”le voyageur”, comme il était
souvent en mouvement pour ses razzias imprévues voire inattendues pour le
compte de ses maîtres Arabes partout où il se déplaça au Manyema et au Kasaï
de 1884 à 1892. En fait, il garda le même nom quand Mutshipule le promut
Suzerain ou Grand Chef de Batetela et Asonge en 1886. Son ancien ennemi
Lumpungu de Kabinda et Mpanya Mutombo, du village situé à 30 Km en amont
du poste de Lusambo sur le Sankuru, devinrent ses vassaux.
De surcroît, il y en
a qui spéculent sur le nom de Ngongo que c’est un nom Osonge, et non
Otetela. A notre avis, il est tout a fait aberrant de se servir de ce
critère pour décider de l’appartenance de Ngongo à la tribu Ukusu ou Osonge.
En effet, ce nom comme celui de Kasongo, Manya, Mulenda, Shamba,
Lupungu,Wembo voire beaucoup d’autres sont des noms propres de famille que
l’on rencontre dans d’autres tribus ou ethnies en RDC. La seule nuance est
que Ngongo l’adopta ou se l’attribua par la force des armes du chef
traditionnel ou coutumier Ngongo l’Okole, ce qui effaça son ascendance au
XIXième siècle. Par ailleurs, certains Akusu (Atetela) et Asonge s’appellent
Kitenge, Ngandu, Ngongo, Mwembo, Manya, Malela, Panya, Mulosa, Musese,
Samba, etc…, mais Leteta est un nom uniquement Otetela. Il a une
signification dépourvue d’une nuance dépréciative voire un sens péjoratif
incompréhensible comme “Lutete”.
Il y a une tribu dans
la province de l’Equateur dénommée Ngombe tout comme un groupement asi
Ngombe en aval de la rivière Lomami au Sankuru, et une localité dans
l’ancienne province de Léopoldville qui porte le nom de Ngombe Lutete. Cela
dit peut-être quelque chose pour les Bakongo (sic) Akongo, et rien pour nous
autres! Par surcroît, une rue en pleine ville de Kinshasa fut baptisée par
l’administration coloniale belge Ngongo Lutete à la mémoire du Grand Chef de
Batetela qu’ils ont exécuté. Nous pensons qu’il y en a tant d’autres dans
notre pays et cela doit être mis à jour en Ngongo Leteta. Pour clore cette
rubrique, nous faisons remarquer qu’un ancien ministre congolais de
l’information ou des affaires étrangères à Kinshasa s’appelait Umbadi
Lutete. Cela est son nom propre, nous n’en disconvenons pas; mais il est bel
et bien un nom de la province du Bas-Congo dont les frères sont en éventail
en Angola et au Congo Brazzaville pour des raisons historiques que l’on
connaît.
Etant donné que le
village Kilembue ou Kalemba continue à être hétérogène, il y eut
certainement d’intermariages au fil des ans. Il va sans dire que les Asonge
et les Atetela ou Akusu au Manyema pratiquaient de tout temps le système
patrilinéaire comme leurs frères au Sankuru. En d’autres termes, les enfants
appartenaient toujours au père, a son clan ou village. Le nom du nouveau-né
provenait du coté paternel en premier lieu et non de celui de sa mère. A cet
effet, pour ceux qui soutiennent que Ngongo Leteta fut Ukusu (Otetela) du
groupement Ahina, c’est sa mère qui fut Osonge dans le village voire dans
les parages, mais ni Hinde ni Okito ne l’ont pas suggéré!. Par contre, ceux
qui défendent que Ngongo Leteta fut Osonge dans le village, tel est
l’exemple de certains mémoires de licences en sciences politiques à l’époque
de l’UNAZA, Campus de Lubumbashi, c’est sa mère qui fut Ukusu (Otetela) à
Kilembue ou Kalemba. Si notre mémoire est fidèle, les lauréats n’ont pas
fait allusion à cela. Donc, l’enquête reste ouverte….Toujours est-il que feu
sénateur Okito donne l’impression dans son récit de Ngongo Leteta qu’il
était issus des parents Ahina; par conséquent Akusu.. Les Asonge disaient
Ngongo Lutete au lieu de Ngongo Leteta. La déformation du nom et de
l’orthographe était générale de 1884 à1893. Les premiers Européens chefs de
poste ont consigné dans leurs registres des renseignements et des rapports
politiques cette ancienne façon d’écrire et beaucoup de chercheurs qui sont
passés après eux dans chaque ancien poste d’Etat notamment Lusambo, Ngandu,
Kasongo, Katako-Kombe, Kabinda, Lubefu, Boma, etc…, n’ont fait que recopier
pour leurs publications tant en Afrique que dans leur pays d’origine. C’est
pourquoi nous trouvons Ngongo Lutete partout au lieu de Ngongo Leteta. Nous
doutons que le propriétaire du nom ait protesté à son époque. De plus les
historiens disent que lorsqu’on a affaire à un document écrit ou
authentique, on ne doit rien altérer ou modifier.
A sa capitale
palissadée de crânes humains de ses ennemis au sommet à Ngandu, Ngongo
Leteta avait 300 femmes et une douzaine des femmes musulmanes avec
lesquelles il avait des unions libres après la mort de leur mari, et ce,
avec le consentement du commandant de la zone arabe Baron Dhanis durant la
campagne. Il offrit une de ses plus jolies femmes, Bibi Lukala au commandant
Cyriaque Gillain (Bwana Kabalo). De toutes ses femmes, Ngongo Leteta n’a eu
que sept enfants reconnus officiellement. Il y avait quatre garçons nommés:
Nzige, Lupungu, Kitenge et Mauka; en outre, trois filles: Muleko, Malofu et
Mashaka. Il envoya l’aîné Nzige et une de ses soeurs à l’école arabe à
Nyangwe, il destina Lupungu à être son successeur et le confia aux Européens
après sa soumission en septembre 1892, Kitenge fut envoyé à Boma à l’école
coloniale et enfin Mauka étant trop jeune resta à la cour. Nous n’avons pas
de données pour les deux dernières soeurs. Comme on le constate, les noms
des enfants de Ngongo Leteta n’ont aucune connection avec lui. L’aîné reçut
un nom arabe, Lupungu fut nommé après le chef des Asonge Lumpungu de
Kabinda, ancien vassal de Ngongo et son collaborateur proche dans la lutte
contre les arabes ensemble avec les Blancs. Kitenge est également le nom du
chef Kitenge Ngandu sur les terres de qui Ngongo battit sa capitale après sa
première résidence à Imbadi dans le Malela au Manyema. Nous ne disposons
d’aucune explication pour Mauka ou Mabuka dont le village se trouve à 6Km du
poste d’état de Katako-Kombe sur la route de ce territoire à Kindu.
Baron Dhanis prenait
Ngongo Leteta pour Ukusu. Il en fut de même pour ses plus proches
collaborateurs, notamment Docteur Hinde qu’il a dépêché dare-dare à Ngandu
pour empêcher l’exécution de Ngongo Leteta, mais hélas il arriva
quarante-huit heures après et c’était trop tard! Par mesure de sécurité de
l’Etat et pour son salut personnel, le Lieutenant Scheerlinck obligea les
600 membres de garde du corps de Ngongo de partir pour Lusambo, mais avant
de quitter Ngandu, ils ont tiré sur la population; il y eut de morts et de
blessés. Ils étaient rancuniers contre les Blancs et ont promis qu’ils
reviendraient un jour pour venger la mort de leur chef.
Une fois à Lusambo,
les autorités avaient peur qu’ils feraient cause commune avec la population,
car la ville était considérée près de leur région. Elles décidèrent de les
éloigner à 217 Km à Luluabourg. Ils furent incorporés dans la Force Publique
comme soldats réguliers sous le commandement de Pelzer, originaire de St.
Trudon en Belgique. Auparavant la Force Publique avait échoué de mater une
rébellion chez les Kaniok. Pelzer a promis aux homes de Ngongo Leteta que
cette fois si nous battons les rebelles, ils auront des femmes, des
couvertures, etc…le chasseur d’élite Kandolo parvint à abattre le chef
rebelle et mit la population en débandade. De retour à Luluabourg, aucune
promesse ne fut accomplie. Pelzer redoubla sa sévérité à l’égard des
soldats. Il fut abattu le 4 juillet1895. Après avoir pillé la ville, les
rebelles de Ngongo prirent la direction du Sud-Est jusqu’à Ngandu en
massacrant les Blancs en cours de route comme ils ont promis.
Le commandant
Cyriaque Gillain, venu dix jours après l’exécution de Ngongo avait installé
Lupungu sur le trône qu’avait son père. Il menait effectivement l’enquête
pour le commandant Dhanis. Celui-ci écrivit que Scheerlinck et Duchene ont
agi sous l’influence de la peur; ce sont des êtres méprisables. Il regretta
bien de ne pas pouvoir rentrer en Belgique en même temps que Scheerlinck
pour exposer sa conduite devant un Conseil d’honneur. Son acte est
inqualifiable. Bref, c’est un officier indigne qui a cédé à je ne sais quel
mobile et tué notre fidèle allié Ngongo Lutete. Dès que cette nouvelle fut
connue, presque tous nos alliés ont fait défection et sont passés chez les
Arabes.
Selon docteur Hinde,
la situation était redevenue calme avec le petit Lupungu au pouvoir, mais
Okito dit que cela n’a pas duré plus d’une année. En effet, quand les Blancs
ont appris que les soldats de Luluabourg voulaient renforcer son autorité,
quelques-uns ont fui avec lui sur la rive droite de Lomami et comme il y
avait un soulèvement chez sa mère à Malela, ils l’ont abandonné et l’ont
envoyé en exil avec 40 Atetela (Akusu) à Stanleyville. Ils ont fait appel à
Lupaka (sic) Luhaka qui a pris le nom de Ngongo Luhaka comme successeur
légitime de Ngongo Leteta. On lui demanda de quitter Ngandu pour s’installer
au Nord de Lunya à 8 km du poste d’Etat de Katako-Kombe.
Baron Dhanis est allé
avec le fils aîné de Ngongo, Nzige, pour l’éduquer en Belgique. Kitenge l’a
suivi après, mais après 6 ans, le Secrétaire d’Etat écrivit que ces enfants
devaient rentrer au Congo à cause de leur mauvaise conduite. Il fallait tout
faire pour les écarter du pouvoir dans la colonie, mais le gouvernement
local à Boma continuait à plaider leur cause comme on le voit dans la lettre
de Baron Wahis, « gouverneur général ». « Je tiens à déclarer toutefois
qu’en toute justice les enfants de Gongo ont des droits à la succession, car
le concours de Gongo Lutete si mal récompensé-nous a permis d’acquérir le
Manyema et sans son concours la campagne du Manyema n’aurait pas eu lieu.
L’Etat a le devoir de partager la succession de Gongo Lutete entre ses
enfants ou de donner à ses enfants des emplois salariés dans le district du
Luluaba où ailleurs ». Ces enfants se disaient Akusu ou Atetela. Ils
voulaient vivre parmi les Asambala, surtout à Katako-Kombe où la plupart des
chefs mentionnés ci-dessus furent éparpillés parmi les autochtones de la
foret où naguère l’Etat les obligea à faire la récollette du caoutchouc
sauvage. En 1902 l’inspecteur d’Etat Malfeyt implora Dhanis de Stanleyville
de faire quelque chose pour que le petit Lupungu puisse espérer de rentrer
plus tard dans son pays. Il estimait que Luhaka qui lui avait succédé en
1895 était une sale bête (encore une vilaine expression) qui fait la razzia
comme les Arabes ne l’ont jamais fait. Et dans le district du Lualaba on
défend ce type…Dhanis ne réussit jamais!Quand le poste d’état de
Katako-Kombe fut fondé en mai 1904 par l’officier H. De Cort (Bwana Toto)
sur le plateau de Numbeleki et la rive droite de Lokenye, il reconnut Ngongo
Luhaka à la tête de la grande chefferie des Asambala naguère Batambatamba au
Sankuru. Luhaka supporta le nom de son sous-chef Katako ka Kombe pour le
poste d’Etat pour des raisons historiques citées plus haut. Sous-chef.
Lutundula supporta les enfants de Ngongo Leteta, et resta dans l’opposition
avec ses successeurs pendant la période coloniale En fait, en 1934,
l’administrateur chef de Territoire des Bahamba, chef-lieu Katako-Kombe,
Monsieur Arthur Dockerwolcke (Bwana Nyoka) le menaçait de relégation s’il ne
se soumettait pas à Luhaka. Celui-ci se défendit qu’il était dans l’intérêt
du Blanc que Ngongo Leteta disparaisse puisqu’on l’avait emprisonné. S’il
était mis en liberté, il aurait été devenu fou voire furieux, et il nous
aurait forcé à détruire le poste d’Etat de Ngandu et à le suivre chez son
homme de confiance Katako dans les bois. Une fois qu’il atteignit la
majorité, Mauka, fils cadet de Ngongo Leteta devint chef de village sous la
tutelle de Luhaka. Ce ne fut qu’en 1954 que Monsieur Louis de Jaegher,
Commissaire Provincial du Kasaï, put arranger avec l’administrateur chef de
Territoire de Katako-Kombe de donner un cadeau politique d’environ 3000
francs chaque mois à Lupungu, quitte à ce qu’il renonce à ses ambitions
politiques pour la direction du secteur des Basambala. Il revint de son long
séjour en exil à Stanleyville pour habiter dans l’ancien village de Opeleli
(tongo), non loin du poste de Katako-Kombe sur la route vers Kindu, mais son
frère Kitenge resta dans la province de Léopoldville et n’a jamais eu
l’autorisation de venir au Sankuru. Il visitait chaque fois son petit frère
chef Mauka et ses soeurs encore en vie à cette empoche...
Pour conclure, nous
avons lancé ce débat sur le site web: www.sankurufoundation.org non pas pour
épater le lectorat général du Sankuru Forum, mais bien pour rechercher la
vérité sur un problème ancien qui dépasse notre génération. En effet, Ngongo
Leteta est né et a vécu au XIXième Siècle, mais depuis la fin tragique de
sa vie par une erreur immédiatement reconnue par le Commandant de la Zone
arabe Francis Dhanis et ses plus proches collaborateurs notamment Dr Hinde,
Cyriaque Gillain, Ponthier, etc…cette exécution a produit sur les chefs
noirs c’est-à-dire Akusu (Atetela) une impression pénible depuis 1893
jusqu’ici, Ngongo Leteta est devenu une figure légendaire non seulement au
Manyema, mais aussi au Sankuru. C’est l’objet des racontars autour du feu le
soir ou au clair de lune dans nos villages. C’est un héros ancestral pour
les Asonge. Comme on l’a vu plus haut, son nom évolue de Muanza Kasongo à la
naissance à celui de Ngongo Leteta au moment de sa nomination comme Grand
Chef de Batetela (Atetela.) et Asonge en 1889. Il est certes suprême, mais
son ascendance est aléatoire. D’aucuns le prennent pour un véritable tyran.
On le craint à cause de son amour pour les fétiches Asonge…..
Nous avons voulu
engager avec vous un dialogue franc et sincère pour que nous puissions
partager le fruit de nos lectures, nos interviews et certaines informations
a notre disposition. Nous n’avons pas hésité le moins de vous fournir des
références bibliographiques au cours de l’exposé. Tout en sympathisant avec
la génération actuelle qui, peut-être, est mal renseignée voire mal informée
sur Ngongo Leteta, nous nous sommes dit qu’il faut s’attendre à des
critiques constructives, des suggestions utiles des informations voire
échange de toute connaissance susceptible de solutionner la problématique,
dans ce cas Ngongo Leteta, est-il toujours Otetela ou Osonge en ce début du
XXIième Siècle.?
Au demeurant, Quels
que soient les bouquins que l’on a lus ou les différentes versions résultant
de la tradition orale d’une génération à l’autre, notre point de vue est que
les avis restent partagés sur l’identité de Ngongo Leteta au XIXième Siècle.
En effet, aux élections provinciales et législatives du mois de mai 1960,
Monsieur Alois Kabangi, né à Lusambo a été élu député national par les
Asonge des territoires de Senteri (Actuel Tshofa) et de Kabinda avec plus de
12000 voix préférentielle, parce qu’il fit appel l’unité des chefs guerriers
Ngongo Lutete; Lumpungu et Panya Mutombo. Dans le même ordre d’idées, six
autres conseillers provinciaux dont Monsieur Dominique Manono du MNC-Lumumba
ont été élus, car l’électorat supportait dans les dits territoires le
Mouvement pour l’Unité Basonge (M.B.U.). Ce parti insistait que leurs chefs
ont chassé les Arabes tout comme Monsieur Lumumba voulait les délivrer des
Belges. Ce fut Manono, un des trois membres du Collège exécutif provincial,
présidé par Monsieur Henroteaux, dernier Gouverneur de la Province du Kasaï
durant la phase finale de la lutte Lulua-Baluba, qui fut élu premier
Président de l’Assemblée provinciale à Luluabourg. En juin 1963, quand il
fut élu Premier Président de la Province de Lomami, il a déclaré au
Professeur Crawford Young dans sa capitale à Kabinda que le peuple Asonge
est conscient de son unisse de par leurs chefs dont Ngongo Lutete fut leur
héros ancestral, mais les Akusu ou Atetela le réclament comme un de leur
fils. Donc, le débat reste ouvert c’est-à-dire que nous ne nous imposons
nullement.
Pourquoi
continue-t-on à parler mal de ce Chef Suprême Noir Ngongo Leteta jusqu’ici?
Lorsqu’on jette un coup d’oeil dans l’histoire de la religion chrétienne, on
voit par exemple que Hérode I fut roi des juifs (37-4av.J.C.) Il imposa son
pouvoir, qu’il détenait des Romains, avec une brutale énergie! Les Évangiles
lui attribuent jusqu’ici le massacre des Innocents, c’est-à-dire le meurtre
des enfants de Bethléem de moins de deux ans qu’il a ordonnés parce qu’il
craignait la rivalité d’un Messie. Malgré cette cruauté, il n’a pas été
exécuté et cela n’a pas empêché les Juifs (Israélites) ou Israéliens de nos
jours de lui réserver un nom ou l’appeler HERODE I, LE Grand dans les
annales de leur histoire. Il est grand temps de bannir de tels enseignements
pour le Grand Chef des Atetela et des Asonge à la fin du XIXième Siècle.
Quiconque avait été formé dans nos deux grands centres intellectuels dès le
début du XXième Siècle, à savoir: Tshumbe St. Marie (1910) et Wembo Nyama
(1914) grandit avec l’impression que Ngongo Leteta fut un pire mauvais
homme. (Untu a kolo) Si ses enfants notamment Lupungu revenait au pouvoir au
lieu de son vassal Luhaka que les Européens ont imposé, il gouvernerait le
Sankuru cent fois pires comme son feu père!..
Ngongo Leteta a
introduit le fusil, la poudre, les cartouches au Sankuru voire certaines
cultures que les Arabes ont introduit au Manyema notamment le riz, goyaves
(apela), patates douce, le maïs, etc…Avant la conquête des Asambala et des
Arabises, les populations de la savane se nourrissaient surtout du millet
(ma di’asami ou senge), au Nord c’était (uyuku) et près de la frontière avec
l’Equateur par exemple à Lomela chez les asi Ikela (lotoko).Leurs armes
étaient arcs, flèches et lances empoisonnées pour la chasse et la défense de
leur communauté ou village. C’est Ngongo Leteta qui recruta toutes ces
populations et fit d’elles des combattants intrépides d’abord sous les
Arabes, et une année seulement sous l’Etat Indépendant du Congo de Léopold
II, c’est-à-dire de 1892 à son exécution en1893. Etant rancuniers, ses
soldats et d’autres tribus notamment Asonge, Aluba etc…fruit de son
organisation se sont révoltées sous l’appellation BATETELA en 1895, 1897 et
1900. En effet, l’Etat sentit que sa sécurité était compromise et la
répression se fit d’une façon exemplaire partout où les mutins se sont
réfugiés.
QUESTION:
Ngongo Leteta, est-il Osonge ou Otetela? Qu’en pensez-vous après ce débat?
—Professeur Antoine
Roger Dimandja
E-mail: profdimandja@yahoo.fr |